« Une jolie tourelle gothique polygone en encorbellement, remarquable par son élégante simplicité, […] éclairée par cinq petites fenêtres cintrées ». Voilà la description de l’échauguette* de l’Hôtel de Bourgtheroulde par Eustache de la Quérière, auteur d’un « essai sur les girouettes, épis, crêtes et autres décorations des anciens combles et pignons » en 1846. A l’angle de l’ancienne rue Panneret, elle est détruite en 1824 et ne sera pas remontée lors de la reconstitution de la façade de 1899.

 

Flashback pour mieux comprendre

Le 22 septembre 1824, c’est la stupéfaction : « des préposés au service de l’éclairage » en fixant un crampon dans la tourelle, déjà en bien mauvais état,  » pour y attacher une corde destinée à supporter un réverbère […] firent effort de tout leur poids sur la corde afin d’en serrer le nœud » provoquant « l’écroulement d’une partie des pierres d’encorbellement ».

 

De la ruine au cinq étoiles

Un an plus tard, Jean-Daniel Mathéus, le propriétaire, demande à la municipalité de faire réparer au plus vite son bien ou de lui attribuer une compensation financière. L’affaire traîne alors en longueur et ce n’est que le 21 septembre 1831 qu’on décide la démolition de l’échauguette « qui menace ruine ». Elle est en outre frappée d’alignement et, un comble, le propriétaire récalcitrant est traîné devant les tribunaux. Le Comptoir d’Escompte, le nouveau propriétaire des lieux depuis 1885 demande sa reconstruction, appuyé par les Amis des Monuments Rouennais, une opération prévue en 1891 par l’architecte Louis Sauvageot dans son projet de restauration de la façade donnant sur la place de la Pucelle. Vient alors une longue période d’oubli et de complet désintéressement jusqu’à ce qu’enfin, à l’occasion de la transformation de l’édifice en complexe hôtelier de grand standing on puisse à nouveau admirer cet élément du petit patrimoine rouennais.

 

* guérite de guet placée en surplomb sur une muraille fortifiée, une tour, etc…

Echauguette du château des ducs d’Anjou à ‘Angers.

Echauguette de Rochefort sur Mer.

© Daniel Caillet, 2015