La tapisserie de Bayeux traversera la Manche

 

D’une longueur de 68,38 m, l’œuvre attire chaque année 400 000 visiteurs à Bayeux (photo AFP)

Patrimoine. Pièce essentielle de l’histoire de la Normandie, la célèbre tapisserie de Bayeux pourrait être prêtée d’ici quelques années au Royaume-Uni. L’annonce sera officialisée aujourd’hui jeudi.

C’est un chef-d’œuvre du Moyen-Âge et un symbole quasi-millénaire des relations longtemps belliqueuses entre l’Angleterre et le continent : la célèbre Tapisserie de Bayeux pourrait être prêtée dans quelques années au Royaume-Uni, un geste fort pour solidifier les relations franco-britanniques en plein Brexit.

L’Elysée a fait savoir hier que le président français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique, Theresa May, annonceront, lors du sommet franco-britannique de ce jeudi, un programme d’échange d’œuvres, qui pourrait inclure la fameuse Tapisserie. « Ce prêt est envisagé », mais « ce ne sera pas avant 2020 car c’est un objet patrimonial extrêmement fragile qui fera l’objet de travaux de restauration très importants » avant tout transport, précise l’Elysée.

La tapisserie quasi-millénaire, joyau médiéval de l’histoire franco-anglaise qui relate l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, et la bataille d’Hastings en 1066, attire chaque année 400 000 visiteurs à Bayeux. Tout à la fois œuvre d’art et document historique, elle décrit le voyage d’Harold en Normandie, son retour en Angleterre et son couronnement après la mort du roi Édouard le Confesseur au XIe siècle. Elle montre aussi la préparation de l’expédition organisée par le duc Guillaume pour envahir l’Angleterre, la traversée de la Manche et la bataille d’Hastings.

Il s’agit d’une broderie réalisée sur une toile de lin mesurant 68,38 m, qui est constituée de neuf panneaux d’une largeur de 50 cm et de longueurs inégales, selon les informations du musée de Bayeux. Souvent décrite comme un ancêtre des bandes dessinées, et un outil de propagande politique pro-normand, la Tapisserie de Bayeux est inscrite au registre Mémoire du Monde de l’Unesco.

Le lieu de sa fabrication reste un sujet de débat. Comme le rappelle la commission française pour l’Unesco, la légende veut qu’elle ait été réalisée par la reine Mathilde, épouse de Guillaume le Conquérant, et ses suivantes, d’où le fait qu’elle donne la part belle aux Normands. Mais des inscriptions laissent penser qu’elle aurait été brodée par des moines anglais. « Un prêt au Royaume-Uni serait un grand événement », souligne l’historien Pierre Bouet, coauteur de La Tapisserie de Bayeux, mystères et révélations d’une broderie du Moyen Âge, pour qui « ce serait donc un retour aux sources ».

Deux voyages à Paris

En « bon état », comme l’avait notamment démontré une expertise en 1982, et conservée « dans un boîtier métallique qui la protège des incendies et de l’humidité », la Tapisserie a déjà voyagé. « Napoléon a fait venir la tapisserie à Paris en 1804 pour mobiliser l’opinion publique à la conquête de l’Angleterre », projet qu’il avait dû abandonner, et elle avait également été transportée à Paris au Louvre en juin 1944, sur ordre d’Hitler qui voulait « l’emmener à Berlin », rappelle Pierre Bouet.

Alors que Theresa May est en pleines négociations en vue du Brexit, programmé l’an prochain, ce possible prêt est « un geste diplomatique extraordinaire de la part du président français, et une marque de bonne volonté de la part de l’un de nos plus proches voisins et alliés », a salué hier Tom Tugendhat, député et président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des communes. Ce serait « une occasion formidable pour les Britanniques de voir une œuvre qui fait partie des racines de notre histoire nationale », estime-t-il, suggérant que le British Museum pourrait prêter en échange la Pierre de Rosette, un de ses biens les plus précieux.

 

Paris Normandie

 

© Daniel Caillet, 2018