Aujourd’hui, l’église Saint Romain, à l’angle des rues de la Rochefoucauld et du Champ-des-Oiseaux est bien visible depuis les abords de la gare. Située autrefois à l’extérieur des vieux remparts de la ville, Saint Romain était la chapelle du couvent des Carmes Déchaussés, fondé en 1568 et supprimé à la Révolution. Un nom qui lui est venu des religieux qui marchaient pieds nus dans des sandales par signe d’humilité et installèrent leur couvent sur ce site en 1624. La première pierre est posée en 1679 par le premier président de la Cour et la dédicace a lieu le 21 décembre 1681. Les travaux se prolongeront jusqu’en 1729.

 

Des lapins dans l’église

On peut être étonné de rencontrer des petits lièvres décoratifs dans cet édifice baroque. Mais il avait bien fallu être reconnaissant envers les financeurs de la reconstruction de l’église à la fin du 17e siècle… une certaine famille Becdelièvre.

L’appellation moderne de Saint Romain a un fondement beaucoup plus ancien. L’évêque, auteur de nombreux miracles, mourut le 23 octobre 639 et on le représente traînant derrière lui un dragon enchaîné, ou encore debout avec une longue croix. Il reste aujourd’hui le patron de Rouen en conservant sa popularité grâce à la célèbre foire. L’église abrite le tombeau de marbre rouge du saint, enchâssé sous le maître-autel du 19e siècle. Jusqu’en 1804, ce dernier était conservé dans la crypte de l’église Saint Godard.

Le clocher actuel fut élevé en 1876, en remplacement de celui beaucoup plus modeste et inesthétique construit en 1806. Sous la direction de l’architecte Eugène Barthélemy père, c’est Ferdinand Marrou, le célèbre ferronnier d’art rouennais dont la maison est située dans le bas de la rue Verte, qui l’édifiera en utilisant le plomb repoussé.

 

Un musée du vitrail rouennais

Devenue église paroissiale pendant le Révolution, Saint Romain a accueilli des vitraux des 16e et 17e siècles provenant d’autres églises désaffectées ou détruites à cette époque ou plus tard. C’est ainsi que des vitraux provenant d’une chapelle de l’ancien cimetière Saint Maur, des vitraux de Saint Martin sur Renelle et de l’église Saint Etienne des Tonneliers garnissent ses fenêtres. 21 des 24 vitraux proviennent de ces anciens édifices. Les trois autres, dans la chapelle des fonts baptismaux sont datés de 1868. Le couvercle de ces fonts provenant de l’église Saint-Etienne des Tonneliers et transféré dans l’église en 1802 est actuellement au Musée des Beaux-Arts. Le dernier conflit mondial n’épargnera pas l’édifice lorsqu’ un avion anglais bombarda le quartier en détruisant quelques vitraux, heureusement d’intérêt mineur.

L’orgue de l’église construit vers 1750 provient de l’ancienne église Saint Laurent, devenu le musée de la ferronnerie du « Secq des Tournelles ». Il semble souffrir des vibrations du métro, qui passe juste au-dessous. Il a perdu sa verticalité et le son en est sérieusement affecté.

Quant aux anciens jardins des Carmes déchaussés, ils ont été utilisés par les pépinières Lesueur jusqu’en 1922, à l’époque de la construction de la gare actuelle inaugurée en 1928.

 

© Daniel Caillet, 2018