À Rouen, une collection privée d’oeuvres de Pierre Hodé

Antoine Bertran présente une oeuvre aux couleurs inhabituelles pour Hodé: une vue d’Albi présentée au salon d’Automne en 1927, un hommage à Toulouse-Lautrec.

La galerie Bertran à Rouen (Seine-Maritime) organise du 10 novembre 2017 au 19 janvier 2018 une exposition-vente d’oeuvres du peintre rouennais Pierre Hodé mort en 1942: des toiles d’influences cubistes méconnues.

Antoine Bertran rassemble dans sa galerie rouennaise des oeuvres cubistes du peintre Pierre Hodé issues de la collection Claude Pillement: une exposition-vente visible jusqu’au 19 janvier prochain.

Une collection bientôt disséminée

Les toiles présentées à la galerie Bertran proviennent de la collection Claude Pillement. « C’est un auteur qui a commencé sa collection à la fin des années 70, explique Antoine Bertran, le galeriste. Le père du collectionneur avait établi des liens avec l’artiste en lui commandant l’illustration d’un livre. Aujourd’hui, le fils du collectionneur souhaite se séparer de ces toiles et la collection va être vendue ». Cette collection de treize peintures est exceptionnelle: « Les peintures de cet artiste rouennais sont aujourd’hui très recherchées ». Seule, une partie de cette collection avait été exposée en 2014 au musée des beaux-arts.

Des oeuvres cubistes cotées

Le peintre Hodé qui a longtemps été affilié au mouvement post-impressionniste s’est surtout illustré par sa période cubiste. C’est cette production dont témoigne l’exposition actuelle: « Au total, on lui attribue près de 800 oeuvres, si la grande majorité de ces toiles sont post-impressionnistes, les toiles d’influence cubiste sont, elles, nettement moins nombreuses et ont d’avantage de valeur ». Antoine Bertran se réjouit d’avoir pu rassembler dans sa galerie treize toiles en provenance de la collection Pillement et trois toiles complémentaires issues d’autres collections privées: » Toutes ont été restaurées et sont en parfait état, de plus cette homogénéité stylistique permet de dresser un panorama de sa production cubiste. »

Port d’attache

Cette collection nous permet de cerner l’intérêt du peintre pour le port de Rouen: « C’est un motif récurrent pour Pierre Hodé. À 15 ans, il était commis sur le port et était chargé de compter les bennes de charbon. Il aimait particulièrement représenter l’atmosphère industrielle du port: le métal, les vapeurs, les cheminées et les bateaux de commerce ». Si les portraits sont rares dans cette exposition, le visiteur aura plaisir à découvrir un portrait de marinier ce qui prouve également l’intérêt du peintre pour les métiers relatifs à la Seine: « Il peint ce portrait à Conflans-Fin-d’Oise, là ou avait peint Cézanne qu’il considère comme un maître. La scène se passe à l’intérieur d’un café, le marin est attablé devant un litre de vin et une pipe ». On retrouve également comme sujet de prédilection la lieutenance de Honfleur: »Il y avait tenu un café en 1923″.

Influences cubistes

Natif de la rue du Gros-Horloge, Pierre Hodé rejoint Pierre Dumont au bateau-lavoir en 1915, il part ensuite à la guerre où il sera gazé mais retourne après les conflits au bateau-lavoir. C’est là qu’il rencontre le peintre cubiste Juan Gris. Il emprunte aux cubistes des compositions très strictes et les formes géométriques: « On voit parfois apparaître la structure, le tracé au crayon. On sait aussi qu’il mettait aux carreaux photographies ou cartes postales pour travailler ses peintures, c’est une façon de rationaliser l’espace. Il utilise peu de matière mais a recours a des effets de textures pour distinguer les plans et met beaucoup de temps à créer ses peintures dont la composition est très maîtrisée. Dans ses natures mortes, il synthétise les formes des objets et mélange l’objet avec le fond ».

Une carrière interrompue

Au début des années 30, n’ayant pas obtenu le succès escompté, le peintre abandonne palettes et pinceaux et se consacre entièrement à sa deuxième activité: celle de décorateur pour le théâtre. Il compose des décors épurés, aux formes géométriques incluant des motifs faisant référence à la mécanique: « Il appelle cela le théâtre synthétique ». Il avait pourtant eu l’occasion d’exposer chez Bernheim à Paris de son vivant, mais c’est seulement après sa mort que sa production a connu un regain d’intérêt…

 

 

Tendance Ouest

© Daniel Caillet, 2017