Une personnalité méconnue à Rouen

Mais qui était Antoine DURENNE ? Né en 1822 à Sommancourt, décédé en 1895, il a laissé de nombreuses traces de son passage à Paris et aussi de façon moins visible à Rouen. Sorti de l’Ecole des Arts et Métiers d’Angers en 1841, et de l’Ecole des Beaux-Arts en 1842, il a été un des membres fondateur de l’Ecole nationale des Arts Décoratifs. Il fut aussi cofondateur de l’Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l’Industrie, ce qu’on appelle désormais « Design » et qui a comme devise :

 

« Faire du beau dans l’utile »

Après avoir travaillé à Paris, dans le fer et la fonte, il rachète en 1857 l’usine Viry de Sommevoire. Son objectif est de l’agrandir et d’en augmenter la capacité de production, ceci en ne fabriquant pas que de la fonte, mais en faisant de la fonte une matière d’art. Pour se faire, il collabore avec de grands artistes : Carrier Belleuse, Bartholdi, Nicolas Caïn, Mathurin Moreau, Rouillard, ce qui permet à son entreprise de prendre rapidement une place prépondérante dans la fonte d’art française. France, Etats-Unis, Canada, Venezuela, Colombie, Russie, Guinée… sont les pays qui acquièrent ses bronzes et ses fontes. Son entreprise se voit récompensée lors des expositions universelles de Paris : 1867 et 1900 et de Vienne en 1873.

Certaines de ses œuvres agrémentent toujours les plus grandes villes : le pont Alexandre III à Paris, la Ross Fontaine à Edimbourg, la fontaine du Capitole à Washington… Mais des œuvres plus modestes ont équipé de nombreuses villes de moindre importance, il s’agit de lampadaires, fontaines et autres mobiliers urbains dont deux éléments sont encore présents à Rouen, le porte-caténaire place du 39ème RI et le lampadaire, place des Chartreux.

En effet, durant la période 1871-1877, Rouen s’enrichit d’un réseau de tramway. Mis en service en 1877, il dessert entre autre : la Place des Chartreux qui est l’un des terminus et passe rue Armand Carrel pour rejoindre l’église Saint Vivien. Il faut à ce tramway tout un ensemble de mobilier urbain et c’est l’entreprise d’Antoine Durenne qui emporte le marché et couvre les 70 km de lignes, de porte-caténaires, lampadaires, kiosques et peut-être fontaines, ce qui reste à découvrir.

Une première recherche permet d’observer deux styles ornés des armoiries de Rouen. La base des poteaux, quelque soit leur destination est soit carrée, soit ronde. Cette base ronde se voit sur toutes les photos que l’on peut rencontrer sur internet. Pour ce qui est de la base carrée, elle n’est visible que sur les rares photos datant d’avant la seconde guerre mondiale et clairement datée pour une de 1910 mais semble accompagnée de poteaux à base ronde.

 

On peut penser à l’heure actuelle que les deux poteaux restants existent depuis la création du tramway en 1877. Si ces deux poteaux à base carrée existent encore, cela est dû non pas à une volonté de conservation de ce patrimoine oublié mais à leur usage permanent depuis 1877. Il est évident que ce patrimoine aurait besoin d’un entretien tout au moins en peinture et que la seconde génération à base ronde semble avoir totalement disparue de nos rues. Mais peut-être découvrirons-nous encore au tournant d’une rue, un de ces poteaux datant de la Belle Epoque ou un de leurs petits frères.

Ouvrez les yeux et préparez vos appareils photos.

 

 

 

 

 

 

Hervé