À Rouen, un chantier pour éviter la chute de la flèche de l’église Saint-Nicaise sur les passants.

La mise en sécurité de la flèche de l’église Saint-Nicaise va prochainement démarrer à Rouen. Près de 300 000 euros sont engagés pour empêcher les chutes de blocs de béton.

Un chantier de mise en sécurité de la flèche de l’église Saint-Nicaise à Rouen (Seine-Maritime), d’une durée de 4 mois et d’un coût de 292 000 euros HT, s’apprête à démarrer.

Le chantier devrait commencer dans les prochaines semaines pour une durée de quatre mois, jusqu’à fin février 2019. L’entreprise Normandie rénovation a été choisie pour effectuer la mise en sécurité de la flèche de l’église Saint-Nicaise à Rouen (Seine-Maritime). D’un montant de 292 000 € hors taxes, ces travaux permettront de consolider l’ouvrage, afin d’éviter qu’il ne tombe en morceaux sur les passants.

L’ouvrage renforcé par un chevalet

Il s’agissait d’une des rénovations prioritaires de l’année 2018. Fermée au public en 2001 et désaffectée depuis la fin 2017, l’église Saint-Nicaise présente toujours un danger. L’élu de la municipalité en charge du patrimoine, Guy Pessiot, rappelle :

La flèche terminale, faite de bloc simplement apposés les uns aux autres, présente de nombreuses fissures, ce qui crée un risque de chute d’éléments en béton.

Un échafaudage de pied va monter jusqu’en haut du clocher. Le gros du travail va consister à introduire un chevalet à l’intérieur de l’ouvrage pour le renforcer, « comme on a fait avec la flèche de la cathédrale ». Un traitement de surface général sera aussi réalisé pour éviter la détérioration du bâtiment.

Une église en béton armé
Située à l’emplacement d’une chapelle fondée au VIIe siècle, l’église Saint-Nicaise est constituée de styles architecturaux entremêlés. À cet égard, l’incendie de mars 1934, qui a ravagé les deux tiers du lieu, a constitué un tournant de son histoire. En effet, la Ville de Rouen a alors lancé un concours pour la reconstruction de la nef et du clocher. Le projet retenu, marqué par l’utilisation du béton armé, était résolument moderne. Cela, tout en respectant le chœur et des piliers de la nef du XVIe. Réhabilitée, Saint-Nicaise est rendue au culte, et inscrite à l’inventaire des Monuments historiques en 1981. Elle a été fermée en 2001, pour raisons de sécurité, conséquence notamment de la dégradation du béton armé.

Vers un projet privé ?

Le coût des travaux, de 292 000 € HT, ne devrait pas être porté uniquement par la Ville. « Nous n’avons pas encore toutes les réponses, mais un financement est prévu de l’ordre de 35 % par l’État, 25% par le Département, 20 % par la métropole et 20% pour la Ville », précise Guy Pessiot. À la suite du chantier, l’église Saint-Nicaise, transformé en véritable « Fort Knox » pour décourager les curieux et les amateurs d’exploration urbaine, ne sera pas rouverte au public :

Des morceaux du chœur tombent aussi à l’intérieur. Il faudrait des centaines de milliers d’euros pour une mise en sécurité et 3 millions d’euros pour une restauration complète. Impossible de se lancer sans financement et sans projet précis.

Pour l’instant, la municipalité pare au plus urgent : « Des objets doivent être maintenus au culte, nous sommes en discussion pour leur transfert vers d’autres paroisses. Il y a la question de l’orgue, aussi. » Il n’y aura pas de démolition, selon l’élu. Des réflexions sont même menées sur le futur usage du site… La Ville souhaiterait plutôt s’orienter vers un appel à projet :

On a pas l’intention de faire de cette église un nouveau musée. Ce n’est plus dans l’air du temps. Comme pour réinventer la Seine, un projet privé potentiellement conforté par des aides publiques pourrait voir le jour avec un cahier des charges restrictif : respect du cadre, des vitraux, de la restauration de la façade.

Un nouveau plan patrimoine

Pour pallier le manque de financements, une réflexion vient d’être entamée avec le service de conservation des monuments historiques de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) afin de plancher sur un nouveau plan patrimoine, à l’image de celui réalisé en 2008 ayant abouti aux rénovations de l’église et l’aître Saint-Maclou.

Effectif sur une période allant de « 2019 à 2024 ou 2025 » il permettra de mettre à jour l’état sanitaire et de conservation des 225 monuments à la charge de la Ville, afin de dresser une liste d’urgences à gérer. « Il ne s’agira pas de mise en lumière, mais plus de travaux de conservation et de rénovation. L’idée est de transmettre à nos enfants le patrimoine que nous avons eu. »

Si elle « n’est pas oubliée », Saint-Nicaise ne figurera pas en haut de cette liste. « La prochaine priorité, c’est l’abbatiale Saint-Ouen, parce que ses façades sud et occidentale donnent des signes de fatigue. Les galbes branlants et les pierres en très mauvais état nécessitent une intervention. »

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© Daniel Caillet, 2018