Edifié en 1892 face à la basilique, le monument commémoratif dédié à Jeanne d’Arc domine la vallée et les lieux rouennais de l’épopée johannique. L’édicule central soutenant la coupole et le campanile en plomb et cuivre doré, est l’œuvre de Ferdinand Marrou. On peut lire sous cette coupole à lanternon surmontée d’un St-Michel terrassant un dragon en bronze doré, les noms des principales villes ayant jalonné la vie de l’héroïne, de Domrémy à Rouen. Au cœur trône la copie de la statue de Jeanne, l’original étant à l’abri dans la basilique. Sur le socle, l’inscription « VIVE LABEUR » fut considérée à tort comme étant la devise de la Pucelle. De chaque côté, deux pavillons abritent les statues des saintes Marguerite et Catherine, sortes de pendants symboliques.

 

Un portrait en pierre et en pied

L’édifice imposant s’intègre à merveille au site ouvert sur l’espace environnant. De style Première Renaissance, inspiré de la lanterne du château de Chambord, il s’organise autour du corps central de la sainte. Sculpté en pied, le colossal « portrait » représente la prisonnière en armure, avec les mains jointes et les poignets attachés, symbole de force. Un visage impassible aux yeux vides renvoie à l’autre monde, identifiant Jeanne à une sainte en incarnant les valeurs morales fondatrices de sa légende, foi et combativité.

D’abord conçu pour être installé à Rouen, le monument devait se situer près du donjon du château de Philippe Auguste, mais le projet n’aboutit pas, l’emplacement trop exigu étant de surcroît occupé par les Ursulines. La guerre de 1870 paralysera l’opération, mais en 1882 Mgr Thomas, archevêque, relance l’idée et décide d’une implantation, non plus à l’endroit initial, mais sur les collines alentour. D’une ampleur nouvelle, le projet est confié aux architectes Lefort et Juste Lisch qui réalise dans le même temps la gare St Lazare. Débuté le 1er mai 1890, le chantier se termine le 28 mai 1892.

 

Pourquoi un tel hommage ?

Au 19 e siècle, l’Église catholique réagit vivement face à une laïcisation du mythe par des penseurs ou des historiens tel Michelet. Aussi, en 1869, Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans entame le processus de canonisation qui aboutira un demi-siècle plus tard, à déclarer sainte, une femme condamnée par un tribunal ecclésiastique puis réhabilitée après sa mort. La statue sera offerte par les religieuses et les jeunes filles du diocèse à l’archevêque. Désormais propriété de la commune, l’ensemble est classé Monument Historique depuis 1986.

Au moment de sa construction, il était un instrument de glorification de Jeanne d’Arc et l’église organisait des rituels de commémoration, grands pèlerinages et processions. Conçu à des fins de prosélytisme religieux pour une réappropriation de l’image de la future sainte, il est toujours très visité mais a perdu une partie de sa valeur symbolique à forte connotation religieuse. Malgré sa facture classique, les considérations premières de l’édification sont difficilement perçues par un public contemporain.

 

© Daniel Caillet, 2017